Art textile
Hommage à mes arrières grands-parents, Charles et Aurélie
« Les contes de fée ont alimenté mon enfance. Je n’ai pas eu la chance de connaître mon arrière-grand-père, cet homme qui, très jeune, a connu la guerre et dont les récits, rapportés par ma mère et Mamy, mon arrière-grand-mère, m’ont montré d’autres aspects, plus humains et en même temps étonnamment « inhumains », si surprenants, si tristes, tellement poignants. Il y était question de tranchées où se terraient les combattants ennemis. Un jour, alors que les pluies avaient décidé de laver les conflits, les soldats, presque tous enrôlés de force, se trouvèrent embourbés dans leurs tranchées jusqu’au cou, contraints d’en émerger. Munitions, fusils, provisions, bottes et capotes…, « tout était kapout dans les deux camps » racontait Charles. Obligés de faire une trêve un certain temps, les opposants sortis de leurs trous retrouvaient peu à peu leurs habitudes sociales malgré les barrières de la langue ; ils s’échangeaient cigarettes ou tabac, pinard ou bière et petites denrées rescapés des boues épaisses tandis que de part et d’autre, les chefs militaires et politiques se partageaient bien plus qu’un « bout de gras » au sens propre comme au figuré… Et ils avaient mis le holà dès que possible par un jeu de chaises musicales des garnisons. Ainsi avaient repris les hostilités (Papy avait été blessé mais il s’en était sorti). Plus tard, c’est Marcel Pagnol, avec Le Château de ma mère et ses suites, Alphonse Daudet et ses fameux Contes du lundi (un vieux livre de Papy !), Hervé Bazin et sa Vipère au poing, La Mort du petit cheval… et quelques autres dont Antoine de Saint-Exupéry à travers son Petit Prince qui m’a tant fait rêver et bien sûr Jean de la Fontaine et ses nombreuses fables, en particulier Le Loup et le Chien, qui m’ont emporté dans d’étranges voyages à travers les travers de l’humanité et qui ont inspiré certains de mes dessins.
Un jour, en vacances, je suis arrivé au moment où Mamy cousait une poupée de chiffon. J’en ai voulu une. Elle m’a demandé de lui faire une description de mon souhait. Je lui ai fait des dessins. Nous avons fouillé dans sa malle de vieux bouts de tissus et dentelles. Et nous avons dessiné les patrons, découpé les contours, appliqué sur le tissu. Elle m’appris à faufiler. Puis elle a cousu le tout avec sa machine à coudre, une « Singer » achetée quand elle était jeune. Et j’ai voulu une deuxième poupée alors que Mamy chantonnait en cousant un refrain d’une chanson composée par ce Papy , musicien et homme de la terre, dont les histoires m’avaient tant impressionné .
Ils étaient du Nord-Pas-de-Calais. Elle était d’Havrincourt, entre Arras et Cambrai. Il était d’Haspres, aux portes de Valenciennes.
De ces moments privilégiés sont nés les titres donnés à mes deux poupées de chiffon, précieusement conservées. » (texte d’après l’artiste-auteur)







